L'Isolement (Poème de Merline - Québec)




Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds.
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le bateau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes.
Il serpente et s'enfonce en un lointain obscur.
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes,
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.

Au sommet de ses monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule jette encore un dernier rayon
Et le char vaporeux de la reine des ombres,
Monte et blanchit déjà les bords de l'horizon.

Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs.
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique,
Aux derniers bruits du jour, mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente,
N'éprouve devant eux ni charme ni transports.
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante.
Le soleil des vivants n'échauffe pas les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue.
Et je dis; '' Nulle part, le bonheur ne m'attend ''.

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières?
Vains objets dont pour moi le charme est envolé.
Fleuves, rochers, forêts, solitude si chère,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil, indifférent je le suis dans son cours.
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève.
Qu'importe le soleil? Je n'attends rien des jours.

Quand je pourrai le suivre en sa vaste carrière.
Mes yeux verront partout le vide et les déserts.
Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire.
Je ne demande rien à l'immense Univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère.
Lieu où le vrai soleil éclaire d'autres cieux.
Si je pouvais laisser ma dépouille sur terre.
Ce dont j'ai tant rêvé, paraîtrait à mes yeux!

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire.
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour.
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour?

Que ne puis-je porter sur le char de l'Aurore.
Vague objet de mes yeux, m'élancer jusqu'à toi!
Sur la terre d'exil, pourquoi rester encore?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie
Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons.
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons.